K Pourquoi la Compagnie Coloquinte ??

A la question souvent posée : »Pourquoi Coloquinte comme nom pour une Compagnie théâtrale ?? », nous avons demandé à Hubert Moreau, pourfendeur de mots, manipulateur de formules, magicien de la syntaxe et grand ami de la Compagnie, de nous concocter une série de textes visant à faire comprendre le pourquoi du choix d’une plante, agréable à la vue mais toxique à la dégustation, comme symbole de notre troupe. Bonne lecture et mille mercis à Hubert pour ces réjouissantes lignes offertes.

Pour la Compagnie  C O L O Q U I N T E

Acte  1.  Pièce en un acte « Propos d’après spectacle ». L’action se déroule de nos jours en Franche-Comté, à Besançon par exemple, un soir à la sortie du Kursaal.

. Scène 1. Journaliste cultureux, en coup de vent, à l’adresse d’une actrice : « J’aime beaucoup ce que vous faites et je vous suis depuis 10 ans ! Mais au fait, Compagnie Coloquinte, pourquoi Coloquinte ? Vous z’êtes des z’écolos ou quoi ? J’peux pas rester, je bois juste un coup et j’te tape la bise, tu t’appelles comment, déjà ? »

. Scène 2. Couple d’âge mur. Simone à sa cousine actrice qui joue dans la pièce : « Alors là bravo ! Votre Emission de Télévision (Vinaver), on en prend plein la vue. C’est écran total. En plus pour des amateurs, vous êtes des vrais pros. Mais comme  disait mon Roger : ‘’ Comme que comme, pourquoi vous vous appelez Coloquinte ? Ça fait pas théâtre. Ça ressemble à rien ! ’’ »

.  Scène 3. Trentenaire cinéphile : « Leur Jeu de Massacre (Ionesco) ça castagne, ça disperse, ça ventile. Ça fait mal, mais alors qu’est-ce qu’on rigole ! Le nom de la troupe ? Alors là je ne me rappelle plus. Ah si, Coloquinte. Coloquinte ? Coloquinte… Il y a surement un sens caché là-dessous. Attends, je vais demander au type qui ressemble à Dussolier. »

. Scène 4. Elue locale : « Les garces de chez Lagarce, elles sont trop ! Et puis l’ivrogne, et puis la vieille, et puis la chef, et puis la grande, et puis le mou, et celle qui pète les plombs, et tous ces tarés plus vrais que vrais dans les Prétendants, c’est saignant. On rit, on pleure, on reconnait des gens, c’en est gênant. C’est du sucré-salé, leur truc. »

. Scène 5. La troupe des actrices et acteurs, bras-dessus bras-dessous à l’avant scène, puis dans la salle avec leur public, les traits tirés de s’être défoncés, souriants et roses de satisfaction, heureux d’être applaudis, s’efforçant à la modestie face à leur metteur en scène lucide, exigeant mais ravi. La troupe donc, de répondre en chœur ou à chacun sa manière : « Eh bien oui ! C’est ça Coloquinte. La fleur est belle, le fruit est appétissant, la couleur agréable, la forme ronde et lisse. Mais la saveur en est amère, qui irrite et gratte parfois,  qui fait l’effet d’une purge. »

Noir. Rideau.

Acte 2. Explications complémentaires : définitions de Coloquinte dans une approche pluri-disciplinaire.

. Grammairien : coloquinte et colloquinte dès 1522, emprunté au latin colocynthis, lui-même emprunté au grec  κ ο λ ο κ υ ν θ ι ́ ς . Peut être traduit par : « qui a la forme d’une tête ».

. Historien : la coloquinte est citée sous le nom de Coloquintida dans un acte législatif daté de l’an 812 préconisant la culture d’un certain nombre de plantes potagères. Elle est recommandée pour les jardins du royaume. D’après la Bible, des sculptures de coloquintes ornaient le Temple de Salomon à Jérusalem. Elle aurait été cultivée déjà à l’époque des Assyriens.

. Botaniste : la coloquinte est une plante herbacée, annuelle ou vivace, rampante ou grimpante, originaire des régions désertiques sablonneuses d’Afrique du nord et d’Asie occidentale. Ses longues tiges munies de vrilles portent de larges feuilles découpées en lobes profonds et des fleurs jaune pâle, qui apparaissent l’été à l’aisselle des feuilles.

. Fleuriste : la coloquinte est cultivée dans les jardins pour la beauté décorative de ses fruits, gros comme des oranges, dont la teinte varie du jaune clair au roux. Vidés de leur pulpe intérieure spongieuse, les fruits se conservent tout l’hiver et ont une valeur ornementale. Attention :
de nombreuses personnes cultivent des coloquintes dans leur jardin parallèlement aux courges comestibles. Cela n’est pas tout à fait sans danger, car les coloquintes contiennent généralement de la cucurbitacine, une toxine naturelle pouvant provoquer une grave intoxication.

. Médecin toxicologue : Hippocrate recommandait déjà les fruits de coloquinte pour se purger. Laxatif violent, anti-rhumatismal, vermifuge, utilisé pour les infections de la peau, la jaunisse, les rhumatismes et les maladies urinaires. On l’utilisa jusqu’à la fin du XIX ème siècle lorsqu’une révulsion violente était nécessaire, apoplexie, congestion cérébrale. Pour les personnes qui étaient mordues par une vipère, les Arabes donnaient un breuvage composé d’ail et de coloquinte broyé dans l’eau. Cette plante est reconnue toxique et amère.

. Vétérinaire : la pulpe du fruit de la coloquinte, blanche, de saveur très amère, est utilisée comme purgatif drastique, surtout en art vétérinaire.

. Ethnologue : la coloquinte est utilisée par de nombreuses peuplades (notamment en Irian-Jaya et Papouasie Nouvelle-Guinée) pour confectionner des étuis péniens (poche à urine masculine et/ou cache-sexe).

. Linguiste synonymiste : en lieu et place de ‘coloquinte’ les emplois les plus fréquents sont citrouille, courge, calebasse, chicotin, concombre et enfin tête.

. Linguiste argotiste ou argotologue : en lieu et place de ‘tête’ dans l’argot français on trouve gueule, tronche, boule, citron, bobine, caboche, binette, trogne, poire, bille, ciboulot, cabèche, calebasse, cafetière, fiole, caillou, trombine, portrait, carafon, trognon, citrouille, et … coloquinte.

. Acteur ou actrice de la Compagnie Coloquinte, metteur en scène, électro, machino, costumière :    « Ça va on a compris ! D’accord, la coloquinte est une plante cucurbitacée proche de la pastèque. Elle fait un peu grosse tête. Elle donne de beaux fruits jaunes aux vertus purgatives. Pour autant ne nous prenez pas pour des courges laxatives. Nous ne sommes pas là pour vous faire chier. Nous sommes là pour vous faire rire. Nous sommes là pour nous faire plaisir et vous faire plaisir. Et, sans prétention, nous sommes là aussi pour qu’existe le spectacle vivant. Nous sommes là pour penser et parfois pour résister. »

Acte 3. Pourquoi la Compagnie Coloquinte porte-t-elle ce nom ? Si vous insistez encore, je réponds en alexandrins. Tant pis pour vous.

Courez, si m’en croyez, au savoureux spectacle

Qui de mémoire humaine oncques ne fut débâcle

Donné par une troupe d’amateurs bisontins

Qui jouent comme des pros côté cour et jardin.

Le nom de cette troupe, joyeuse compagnie,

Fleure bon la nature et la fleur jolie,

Mais la plante est menteuse à la douceur feinte

Le nom qu’elle a choisi ? Je l’écris : Coloquinte.

J’entends déjà vos cris, devine les questions :

Et comment ça s’écrit ? Et c’est quoi ce beau nom ?

Alors je vous l’épèle : colo, c – o – l – o

Puis un q, puis un u, car pas de q sans u

A suivre un i, un n, un t, le e, c’est clos.

Mais cela ne dit pas le pourquoi du comment.

Il faut être vicieux pour tromper les manants.

Où vont-ils chercher ça ? Ils doivent être barjots,

Errer de la coulisse, yoyoter du tréteau !

Sont-ce des révoltés, sont-ce des écolos ?

Le nom de Coloquinte est de fait très beau,

Encore faut-il savoir ce que cache le mot.

Dites-le, saltimbanques, et nous crierons bravo.

Citrillus colocynthis, en français coloquinte,

Plante de la famille des cucurbitacées

Est jolie au regard, admirez-la sans crainte.

Son fruit est presque rond, de coloris variés.

Comme décoration, en sphère ornementale,

Usez-en à foison, son effet vous emballe.

Mais de son fruit jamais ne dégustez la chair.

C’est un met défendu, sa saveur est amère.

L’odeur nauséabonde viendra vous irriter.

Ce puissant purgatif va vous empoisonner.

Vous irez, vous irez aux cabinets d’aisance

Bien vite vous vider, il est d’autres plaisances.

Amis des synonymes, sachez que coloquinte

Est aussi calebasse, concombre ou chicotin,

Citrouille, courge encore et puis la tête enfin.

Vous comprendrez bien vite qu’une troupe Citrouille

Ou baptisée Concombre manquerait de maintien.

Mieux vaut la poésie et un peu de mystère

Pour combler un théâtre et ravir le parterre.

Mais vous aurez saisi que, par son répertoire,

La troupe Coloquinte nous réjouit, nous ravit

Et ne nous laisse pas somnoler comme un loir.

Elle veut réveiller, nous piquer, nous gratter.

Le dehors est joli et l’on va rigoler.

Mais on va tout autant réfléchir et penser.

Le spectacle est vivant pour que nous le soyons.

Assis, au chaud, bien sûr, ensemble nous rions.

Puis le beau nous inspire et peut nous embarquer

Aux rives inconnues qui nous feront changer.

____________________________________________________

L’auteur de ces lignes remercie en vrac quelques obscurs universitaires, deux ou trois sites accessibles, Michel Audiard, le Centre national des ressources textuelles et lexicales, Alain Rey et le Grand Robert (pas le beau-frère à la Simone, mais celui de la Langue française, 2ème édition 2001, tome II, page 289).

Il remercie surtout la Compagnie Coloquinte pour le plaisir souvent partagé et la longévité conjugale sauvegardée grâce à de nombreuses soirées solitaires. Mais quand on aime (lire et écrire) on ne compte pas.

Hubert Moreau, le 30 novembre 2013.

 

10 réponses à K Pourquoi la Compagnie Coloquinte ??

  1. M. & Mme Louis dit :

    Meilleurs vieux pour 2014 !

    • admin dit :

      Réponse tardive pour cause de non lecture pour cause de voyage lointain pour cause de volonté de dépaysement pour cause de besoin de ressources spirituelles pour cause de mythologies polythéistes.
      Mais bien sûr, merci et de même
      Amitiés
      Landré

  2. Marisol Touraine dit :

    Vous réhabilitez la coloquinte, une plante très nocive. La ministre de la Santé ne vous félicite pas et se réserve la possibilité de vous poursuivre en justice.

  3. Stéphane Le Foll dit :

    Vous réhabilitez la coloquinte, une plante rare. Le ministre de l’Agriculture vous félicite.

  4. Najat Vallaud-Belkacem dit :

    La ministre des Droits des femmes que je suis s’étonne des choix opérés par la Compagnie Coloquinte. Son répertoire prend un malin plaisir à présenter le plus souvent des femmes aigries, autoritaires, provocantes et insupportables. Par bonheur les hommes sont rarement mieux traités. Désastreuse parité.
    En tant que Porte parole du Gouvernement, je n’apprécie pas davantage qu’on puisse recevoir si mal un représentant du ministère et moquer son discours.

  5. Aurélie Filippetti dit :

    En tant que ministre de la culture et de la communication, je félicite la Compagnie Coloquinte pour l’ensemble de son œuvre ; j’apprécie d’autant plus le théâtre amateur de qualité qu’il ne coûte rien au budget de mon ministère.
    Comme agrégée de lettres classiques je suis consternée en lisant des alexandrins boiteux, aux strophes irrégulières, au nombre de pieds incertains, à la rime riche trop rare, aux chevilles visibles et poussives, à la césure hémistichienne désastreuse. Dites à votre auteur que la prosodie, la métrique, la versification … ça se travaille.

    • admin dit :

      Merci Madame le Ministre ou La Ministre ou Cocotte ??
      Je vais de ce pas gourmander l’auteur des alexandrins quelque peu boiteux il est vrai.
      Merci de votre présence le 22 ou le 23 février
      Et encore bravo pour votre lever tôt…
      Amitiés voire bise si j’ose