Prochaines représentations

Que celles et ceux qui ont raté les représentations de notre nouvelle création « Que d’espoir ! » se rassurent, la compagnie Coloquinte revient au Petit Kursaal de Besançon les samedis et dimanches 21 et 22 avril 2018.

Pour vous donner envie de venir nous voir, je vous propose de lire la critique de la pièce par un de nos plus fidèles spectateurs, Hubert Moreau.

 

Que d’espoir, Christophe … 

qui « castigat ridendo mores » !  (1) et qui « sort les paillettes et divertit quand la menace se fait sentir » (2)

 

Qui a dit : « Le silence qui précède Bach (ou Mozart, ou Beethoven…), c’est déjà du Mozart (ou Beethoven, ou Bach…) ? » On pourrait dire de même : « Le silence qui suit la voix chaude de Jean-Pierre dans les chansons de Pierre Louki, c’est encore du Louki-Bolard ». Ça, c’est de moi, of course ! Mais où veux-je en venir avec ces réflexions mêlées et allusions ad hominem ?

A ceci qui m’a frappé le 28 octobre dernier en soirée au Kursaal de Besançon en attendant que débute le spectacle « Que d’Espoir ! » proposé par la Compagnie Coloquinte : la mise en scène d’avant le spectacle mis en scène par Christophe Vincent, tandis qu’on attend et qu’il ne se passe quasiment rien, c’est déjà du Christophe Vincent.

Il n’est pas là, on ne le voit pas, on ne le voit jamais du reste, il ne se passe rien … ou presque, on attend, mais sans ennui, on ne voit rien … ou presque, mais il est là, on sent sa patte, on renifle son odeur et son utilisation des espaces. La salle est à moitié vide et peu à peu se remplit, laissant devant nous sept ou huit rangées de sièges qui resteront vides pendant tout le spectacle.

Vides, que non !

Avant la pièce, bien avant que le noir ne se fasse : d’élégantes ouvreuses, de noires robes vêtues, vous placent, aimables, souriantes, s’enquérant de votre bien-être, elles vont et viennent. Et vous faites mine, bien sûr, de ne pas reconnaître les actrices.

Avant les trois coups et le lever de rideau (ou plutôt en absence de coups et de rideau) : un pékin perdu au centre, au milieu des sièges vides, avec son bob ou sa casquette et son air déjà niais qu’il gardera savamment niais durant tout le spectacle. Excellent acteur (comme tous les Coloquintes) : de face, de profil, les yeux côté cour, les yeux côté jardin, même de dos il a l’air niais, désemparé, perdu, dépassé, décalé, en avance d’un retard.

Avant le lever de rideau toujours : deux agents de sécurité, de noir vêtus eux aussi, la mine patibulaire (pas tibulaire … mais presque). Ils vont, viennent, vous fixent, esclaves inutiles, sérieux, rajustant sans cesse l’oreillette, parlant discrètement (ou pas) à leur micro manchette.

Je vous le disais : avant le spectacle « Que d’Espoir ! » de Hanokh Levin présenté par la Compagnie Coloquinte, dans une mise en scène de Christophe Vincent, quand il ne se passe rien, on le sent bien, le rôle joué par l’espace vide, la présence muette de quelques individus, la fébrilité souriante et l’empressement des ouvreuses, c’est déjà du Christophe Vincent.

Ça y est vous êtes dedans, vous vous êtes fait choper !

Et bien davantage encore par la suite quand le spectacle commence ; quand la musique donne (donne, donne) ; quand le bus de touristes s’ébranle ; quand les cadavres saignent ; quand la Lumière fut ou ne fut pas ; quand le crooner croone et leonard-cohenise ; quand la bavarde tante visiteuse ne cesse de parler, se racontant elle et elle seule devant le blessé muet ; quand les danseuses lèvent la jambe, cabarètent et french-cancannent ; quand l’obsédé sexuel hot-dogue ; quand les censeurs censurent ; quand les siamoises se portent et se défient ; quand le pisseur se fait cocufier ; quand drague le dragueur ; quand le fils soldat révolté règle son compte au père général d’opérette ; quand la dame pipi-caca hurle et hystérise (horresco referens, je ne la connais plus) ; quand la concierge excédée abat le client de l’hôtel sur l’autel de la réception ; quand la terre n’est plus ronde et l’Australie rayée de la carte (mais oui, mère d’élève autruche, idiote et naïve, foi de Potroush !) ; quand le chirurgien célèbre et haut de gamme devient serpillère ; quand les bons riches consolent ce salaud de pauvre qui va très bien, merci ! ; quand le dur et scientifique béton redevient sable et s’écroule ; quand ça grouille et s’agite de partout, deux heures durant, attente comprise (un conseil, arrivez tôt !)

Quand, quand, quand … quand tout ceci et cela et d’autres choses encore s’étalent devant vous qui riez et pleurez, on est bien en Compagnie de Coloquinte et c’est bien du Christophe Vincent, du vrai, de l’AOC, du 2017, excellent millésime …

Hubert Moreau, le 31 octobre 2017 (3)

(1)« Castigat ridendo mores » Horace ou Plaute, formule reprise par Molière. Elle [la comédie] corrige les mœurs en riant.
(2)Citation de Christophe Vincent : « En tant que metteur en scène, je me suis posé la question de la censure dans le monde d’aujourd’hui. J’ai voulu imaginer un cabaret quelque peu clandestin où l’on se cache pour dire les mots, les jouer, les chanter… Et quand la menace se fera sentir, on sort les paillettes et on se ‘divertit’ ! »
(3) Veille de la Toussaint, jour d’halloween, avant-veille du Jour des morts, sans compter la Saint Hubert le 3 novembre (patron des chasseurs) et le 11 Novembre qui pointe (fin d’un massacre historique) d’où peut-être le côté saignant de quelques lignes.

 

 

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